Essaouira, la route de l’argan.

Après avoir découvert Rabat, Casa puis Marrakech, c’est à Essaouira الصويرة(, aṣ-Ṣawirah, Al-Suwayra, en arabe, « la Bien-Dessinée » ) que je pose mon sac à dos pour quelques jours. Je suis venu y découvrir notamment sa médina, fondée en 1764 par le sultan Mohammed III du Maroc,  sur l’emplacement d’un comptoir commercial ancestral, par l’architecte militaire français Théodore Cornut (disciple du marquis de Vauban), qui s’inspire de la ville fortifiée de Saint-Malo en Bretagne. Elle est également inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Mais je viens également pour découvrir les productions d’huile d’argan et accessoirement surfer, si les conditions le veulent.


Arrivée à Essaouira

J’arrive à Essaouira avec un ami, qui restera avec moi les 3 premiers jours.
La première négociation commence à l’aéroport, par le taxi qui nous emmènera en centre-ville, mais la négociation coupe court, car il y a qu’un tarif pour aller au centre, soit 150dh. Après 25 min de route, à travers les champs d’arganier, nous arrivons au abord de la médina et devons maintenant consacrer nos premiers pas à la recherche de Simo, notre Airbnb, ce qui n’est pas une mince affaire.
Déjà une heure que l’on tourne dans la médina sans savoir où l’on se trouve. Pourtant, elle n’est pas si grande, mais elle regorge de petites ruelles qui nous font perdre notre sens de l’orientation.
Après avoir trouvé la bonne sortie, nous nous retrouvons dans le quartier industriel de la ville, sur la rue Mousay el Hassem. Mais l’adresse indiquée nous mène seulement à des bâtiments semblants être en ruine. Mathieu, mon ami, décide de se connecter et nous arrivons enfin à retrouver notre hôte, qui nous avait envoyé une adresse quelque peu aléatoire, mais bon, « inchallah », comme ils disent. Ah oui, petite chose à retenir, la connexion de quelques minutes aura tout de même coûté 40 euros de hors forfait.

Nous prenons demeure dans ce simili loft à l’allure vétuste, et c’est un euphémisme. Nous sommes reçu sur des parures de lit, qui n’ont sans doutes jamais côtoyé le lave-linge et un oreiller qui a dû faire fuir les insectes survivants. La salle d’eau finit de nous mettre la puce à l’oreille, et heureusement seulement l’oreille, sur l’hygiène ou plutôt le manque d’hygiène.

essaouira

Un petit thé à Essaouira

Après s’être « installés », nous partons faire notre première balade dans les dédales de la médina d’Essaouira. Ici, tout ce que l’on voit nous offre une composition photographique : un marchant, un goéland, un chat, une rue et ainsi de suite. Nous errons dans la médina tels de vrais touristes, l’œil fixé à nos appareils photo pour capturer le moindre moment de vie. Le ressenti dans cette médina est tout autre qu’a Marrakech ou Rabat, tout semble plus tranquille, moins oppressant. Il faut dire qu’elle n’est pas seulement un souk, mais aussi une sorte de petit village dans la ville, où l’on trouve des marchands, des restaurateurs, des habitations, des hôtels, des musées et plein d’autres choses.

Déjà plusieurs kilomètres que nous marchons avant de se décider à prendre notre premier (atay mchahar) thé à la menthe. Sur le bord de l’avenue Mohamed Zerktouni, (l’avenue principale de la médina), nous nous installons à une petite table en plastique, juste à coté d’une dame qui prépare des galettes. Ce sont des « msemens », très appréciés des locaux qui en prennent surtout le matin, au petit-déjeuner. J’avais déjà eu la chance de découvrir celles-ci à Marrakech. Donc, nous nous installons et pratiquons le service à la façon traditionnelle, c’est-à-dire, faire couler le thé tout en levant la théière assez haut, de façon à le faire mousser. Il faut compter environ 5 à 10 dh pour une petite théière. Alors, quand vous irez, ne vous faites pas avoir, comme j’ai pu le voir parfois.

Le port aux milles odeurs

Nous nous dirigeons maintenant vers le port aux barques bleues bien connu du coin. En passant par la plage, nous profitons d’un super coucher de soleil, qui vient s’endormir derrière ce port sombre aux milliers de goélands. Le port d’Essaouira fondé en 1770, à peu près au même moment que la médina, était le plus important port de commerce international du Maroc.

Et c’est à la tombée de la nuit que nous le découvrons. À l’entrée, de gros filets habilement démêlés et rangés en boule, offre un bon support pour goélands, chats et humains qui voudraient s’y poser. Les pêcheurs, revenus de leur besogne, se retrouvent pour certains sur la criée. Une petite table ou juste une planche suffisent à étaler le poisson, surveillé de très près par les chats ; bizarrement, ceux-ci attendent patiemment leur tour. On virevolte entre les flaques de boue, survolées par ces oiseaux criards, pour atteindre l’autre bout de la jetée.
Nez à nez devant ces énormes bateaux de pêche, où semble régner un sacré foutoir, on se demande comment ils y trouvent leur place. Il est temps de prendre congé, car nos narines, peu habituées aux nombreuses odeurs, nous le réclament. On baroude un peu et après un repas, nous voilà à « la Mama », un tout petit café d’à peine 10 places où la musique se fait entendre. Mat se joint à eux le temps de quelques musiques et nous rentrons dormir dans la crasse des précédents voyageurs.

Port d'Essaouira

Une douche épique

Après avoir passé une nuit entrecoupée par des aboiements de chiens et des goélands expressifs, je vais prendre ma douche dans l’antre de la saleté. Tout d’abord, allumer le chauffe-eau, ensuite attendre un bon moment que l’eau chaude arrive, puis enfin, commencer à se doucher. Trop chaude au début, mais vite suivie de trop froide. Les poils et cheveux qui jonchent le sol de cette salle de bain d’après-guerre – ou pas d’ailleurs – nous font presque léviter à la sortie de douche, pour les éviter.

Un petit thé accompagné d’une galette, harcha toute chaude (attention, demandez si elles sont faites sans produit laitier) et nous voilà flânant tranquillement à la recherche d’on ne sait quoi. Au détour d’une ruelle, Hamed m’interpelle, car j’ai eu le malheur d’observer un de ses colliers. Deux minutes plus tard, je me retrouve assis à ras du sol à négocier un bracelet en pierre brute, et c’est allégé de quelques dirhams et alourdi d’un bracelet berbère d’azurites que je repars.

Sur la route de l’argan

Aujourd’hui, le but est de partir voir une coopérative féminine de production d’huile d’argan. Il est bien sûr possible de trouver ce qu’il faut en ville, mais souvent à des prix excessifs et apparemment coupé avec d’autres huiles. Après avoir été au point info de la ville, où ils nous ont donné des renseignements complètement aléatoires, nous partons sur la place Bab Doukala, où se trouveraient les bus en partance vers Sidi Kouaki. C’est sur cette même route que l’on trouverait les coopératives.
Et à bien y regarder, il semblerait que les bus aussi sont aléatoires. C’est à ce moment que nous rencontrons Lehsen, un chauffeur de taxi. Bien sûr il nous propose de nous emmener dans une coopérative pour 600 dh. Evidemment cela est trop cher, alors après avoir discuté, nous négocions un chauffeur pour la journée, pour 200 dh chacun, seul moyen d’être sûr d’aller où l’on veut.

Nous partons vers 11 h 30 en direction de la coopérative « Marjana ». À peine quelques kilomètres et les routes sont déjà bordées d’arganiers. Lehsen nous dépose dans la coopérative où Fatima nous accueille. Elle commence par nous expliquer la façon dont est produit l’argan, puis nous passons dans une pièce où s’affairent à la tâche des femmes assises au sol.

• L’une pratique le concassage de la noix à l’aide de pierre de granit. La noix servira de combustible ; ensuite, une autre épluche la pellicule qui servira à nourrir les bêtes, puis les amandons sont moulus à la main par un moulin traditionnel en pierre que la femme tourne doucement toute la journée. Pour finir, une pâte apparaît. Il faut la pétrir et la malaxer en ajoutant de l’eau pour que la précieuse huile apparaisse, surnageant au-dessus du liquide. L’huile d’argan est enfin décantée et filtrée. Environs 30 kg d’amandes et 8 h sont nécessaires pour produire 1 litre d’huile. Un travail de longue haleine qui explique le coût.

Coopérative, route d'Agadir, près d'Essaouira

Nous passons ensuite dans la salle des ventes, évidemment, où Fatima nous fait goûter les huiles et pâtes culinaires, en nous servant un thé. Nous ressortons de là avec, pour ma part, un peu d’huile culinaire.

Retour sur la route semi-désertique, au paysage poussiéreux et aux arganiers endémiques, qui laissent apparaître ici et là des bergers et leurs chèvres, toujours plus nombreuses. Celles-ci sont friandes du fruit de l’arganier, qui ressemble à une grosse olive flétrie. Voici la première étape de la production d’huile d’argan.

• Et oui n’en déplaise à certains, l’huile commence par là. La chèvre mange le fruit en entier pour digérer la pulpe, mais la noix, elle, n’est pas digérée, et est donc évacuée dans les excréments. C’est cela qui intéresse les hommes, qui les ramassent afin de les faire sécher, avant de partir en production.

Des chèvres acrobates

Nous nous arrêtons pour admirer le travail de ces funambules, qui slaloment avec légèreté entre les épines de l’arganier, pour assouvir leur gourmandise. Le spectacle est fameux et bien évidemment, nous nous transformons en photographes aguerris pour en ressortir les plus belles photos. En repartant de là, avec en fond de paysage quelques dromadaires, gourmands également, le jeune berger nous rappelle car un chevreau vient de naître. Mais nous préférons ne pas traîner car le berger éloigne la pauvre mère qui panique en même temps que le petit, pour que l’on s’approche, alors laissons-les tranquilles. Pour finir, il est préférable de prendre une petite pièce pour le berger, qui prend de son temps pour vous montrer son bétail, 5 ou 10 dh (1 €) suffisent.

À nouveau sur la route, pour remonter la côte en direction de Sidi Kouaki. Lehsen doit nous y déposer pour manger, mais je lui demande ce qu’il compte faire en attendant, il répond qu’il va manger dans le resto d’un ami sur les hauteurs de Sidi. J’imagine qu’il est plus intéressant de l’accompagner pour découvrir autre chose que les lieux touristiques. Alors nous voilà à « La Grotte » à Ouassen. L’accueil est sympathique et authentique. Le propriétaire nous installe sur la terrasse, et quelle surprise quand on arrive devant cette vue exceptionnelle ! C’est donc devant ce panorama et sans autres clients que Mat et moi dégustons notre repas.

Nous redescendons à Sidi Kouaki, découvrir ce village de surfers. Mais il est sans grand intérêt, alors après un thé dans le café de la plage, nous retrouvons Lehsen, qui faisait une petite sieste et rentrons rassasiés de nourriture, de paysages et d’un peu plus de culture qu’à notre départ ce matin. Il est déjà près de 18 h quand nous arrivons à Essaouira. Lehsen aura passé pas loin de 7 h et 90 km à nous conduire un peu partout, cela vaut bien les 20 euros chacun que nous avons déboursés.

Resto vegan ou pas

Nous rentrons nous reposer un peu de cette journée et partons dîner dans un restaurant végan, au « Darjeeling ». Je me délecte d’un délicieux couscous accompagné d’un jus d’avocat pendant que Mathieu se fait servir du poisson grillé. Resto estampillé végan, mais où l’on peut manger de tout, apparemment. Nous finissons à nouveau la soirée dans le petit bar « La Mama » à jamer un peu avec les locaux et un percussionniste un peu trop enthousiaste.

C’est la dernière journée complète de Mat et pour bien finir, nous décidons de déménager dans un riad plus confort et surtout plus propre. Mais pour le moment, nous nous installons dans le quartier populaire pour boire un atay mchalar (thé). Je me sens étrangement bien dans ces petits cafés authentiques, à regarder les passants aller et venir, les commerçants ouvrir leurs rideaux, les marchands étaler leurs marchandises sur des sortes des charrettes, ou tout naturellement sur le trottoir. Une vie qui prend forme tout simplement au rythme des couleurs et des saveurs du Maroc.

Essaouira

Le démenagement

En arpentant les recoins de la médina, nous nous arrêtons dans tous les riads que l’on croise, afin de dénicher un logement pas trop cher, mais correct. Vous trouverez vraiment de tout ici et à tous les prix. Mais nous jetons notre dévolu sur le riad « Al Arboussas », un accueil joyeux, du wifi, de la propreté, une douche fonctionnelle avec de l’eau chaude, et même des draps propres. Et c’est sur des tons bleus et blancs que nous prenons place dans cette chambre, qui nous paraît luxueuse comparé à ce que nous venons de vivre.
Une fois bien installés, nous réservons un hammam chez « Layth spa », pour 100 dh le simple et 250 dh avec gommage et massage pendant 1 heure. En attendant, il est temps pour nous d’aller enfin déambuler dans le souk, que nous avions survolé jusqu’ici.
En marchant, on dit déjà bonjour à plusieurs personnes, comme si nous avions déjà pris nos marques en quelques jours à peine. Les choses se font naturellement, comme de vieux amis. Nous continuons notre déambulation dans le souk, et nous attelons à l’art du marchandage. Après avoir trouver deux trois trucs pour offrir, nous retournons au hammam.

C’est ainsi que l’on se retrouve vêtu d’un simple slip en feutre qui ne nous met pas vraiment en valeur. D’autant plus que Mathieu passe sa taille dans une jambe du slip, ce qui nous fait bien rire. Je me lave et me prélasse gentiment pendant que Mat à côté se fait gommer le corps à la force des petits bras de la masseuse, qui n’y va pas de main morte. Cela me fait bien rire, quand je sais à quel point le gant de gommage arrache. Je laisse mon pote en salle de massage et rejoins un petit café berbère pour y écrire un peu en l’attendant.
Nous finirons ce séjour avec mon ami dans le bar restaurant le « Taros » devant un concert et une bouteille de vin marocain. Le lendemain, il reprend l’avion pour la France, me laissant seul pour la suite de l’aventure…

thé à la menthe, Essaouira

 

 

 

 

4 thoughts on “Essaouira, la route de l’argan.

    1. Eh bien merci pour le compliment. Il est vrai qu’il y a beaucoup de choses à découvrir avec un dépaysement certain 😉

  1. J imagine très bien ce que vous avez pu vivre dans cette saleté ! J espère que vous avez signalé cet hébergement pour evuter que d’autres personnes connaissent la même mésaventure .
    Bonne chance pour la suite

    1. Bonjour, vous savez, la personne était accueillante, et avec mon expérience en couchsurfing, je sais très bien que parfois, on n’a pas la même notion de l’hygiène, surtout si l’on a des cultures différentes. Après à moi de savoir si je veux rester ou pas. Mais étant donné que la personne m’accueille gracieusement, je ne peux pas me permettre de critiquer celle ci. Je signal une personne, seulement si elle à était mauvaise ou malhonnête. 🙂

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