Essaouira, un voyage dans le passé.

Je ne sais pas pourquoi ce pays ma toujours attiré, en fait, tout le nord africain m’attire. L’orient à toujours attisé dans mon esprit des images grandioses. Avec le recul, je pense que tout cela vient des films et dessins animés qui ont bercé une partie de ma jeunesse, tels qu’Ali baba et les 40 voleurs, les 1001 nuits, mais c’est surtout Aladin qui m’a le plus fait voyager. Alors quoi de mieux que de se rendre dans un de ces pays, pour voir tout cela de mes propres yeux.


Après avoir passé quelques jours en compagnie d’un ami, il est temps pour moi de continuer la découverte d’Essaouira et ses alentours seul.

Je commence tranquillement en allant me poser au Megaloft, un café sur plusieurs niveaux qui vaut le détour. Ce lieu est atypique et original, avec des décorations plus variées les unes que les autres. Un coup d’œil à droite et c’est une vieille calandre fixée au mur qui attire l’attention, en face un luminaire réalisé en cassette audio illumine l’espace central et pendant que je déguste un cocktail détox, la fontaine sur ma droite ponctue cet instant en laissant couler un doux filet d’eau.

J’ai profité de ce moment pour rechercher un nouveau logement pour ce soir. Après plusieurs trouvailles, je jette mon dévolu sur « the Youth hostel », une auberge de jeunesse. En réservant sur Airbnb, on peut souvent trouver des auberges et autres, mais dans ces cas-là, il vaut mieux prendre le nom et aller ensuite rechercher sur les sites de réservation. On y trouve des tarifs moins chers. Quand je suis sur place, comme maintenant, je ne réserve pas, je note l’adresse des lieux trouvés et j’y vais directement. C’est comme ça que je suis passé de 90 dh le lit sur Airbnb à 60 dh en direct.

L’auberge de jeunesse

J’arrive à l’auberge et déjà, l’ambiance dans la partie commune est bonne, il y a plusieurs voyageurs de nationalités différentes qui discutent en anglais. Une fois payé, je vais prendre possession de mon lit. C’est dans une chambre de 6 lits avec une personne faisant la sieste en ronflant, cela donne le ton. Je m’installe à l’étage du lit superposé où je laisse quelques affaires avant d’aller me poser dans la salle commune pour faire quelques recherches sur le souk de Had Draa, où j’aimerais me rendre demain.

Une fois tout cela fait, je pars manger dans le restaurant vegan « Le Corail ». Ils proposent plusieurs choses, et notamment des burgers, mais je préfère naturellement me cantonner à quelque chose de local. D’autant plus que généralement, quand on sort du contexte culinaire du pays, c’est rarement une réussite. Je me suis aussi tenté à prendre un thé noir pour changer, eh bien je recommande de rester au thé traditionnel car vous tomberez certainement sur un sachet de mauvaise qualité. Après avoir mangé un excellent tajine aux lentilles, je pars rejoindre ma colocation du soir pour passer la nuit.

J’avoue qu’elle n’a pas été de tout repos. Un mec ronflait à en faire trembler les murs, mais c’est surtout cette lumière constante dans le couloir qui m’a dérangé. J’avais comme l’impression de voir le jour se lever, ce qui m’a complètement déréglé. J’ai l’habitude de me lever avec la lumière matinale alors cela m’a troublé un peu. Je sors donc du lit à 6 h du matin, pensant qu’il était plus tard. Je réalise une fois debout qu’il est tôt mais bon, je préfère tout de même me préparer avec toutes les personnes dormant profondément autour de moi. C’est donc à la lumière de mon téléphone que je fais mon sac et sors de la chambre pour aller me doucher et partir.

Essaouira

 

Essaouira se réveille

Je me retrouve dans les rues à la lumière blafarde vers 6 h 45, c’est calme, apaisant même. Sans doute le seul moment où la ville reprend son souffle avant la cohue journalière. Il n’y a personne ou presque, seuls les chats errants m’accompagnent dans cette torpeur matinale à la recherche d’un endroit pour boire un thé chaud. Heureusement, le petit café où j’ai déjà mes habitudes est le seul ouvert, et l’odeur des harchas tout chauds me caresse les narines. Je m’installe sur le trottoir, sur une des deux tables en plastique coloré et regarde la vie prendre doucement son rythme. Il est 7 h 30, les premières charrettes transportant des marchandises arrivent, quelques passants en djellaba vont je ne sais où, c’est ensuite au tour des triporteurs de venir alimenter les petites boutiques et enfin les premiers voyageurs pointent le bout de leur nez, attirés sans doute par les harchas et msemens qui embaument la ruelle.

Une fois rassasié, je pars sur la place Bab Doukala pour tenter d’avoir le bus de 8 h 30 en direction de Had Draa. Bien évidemment, je loupe ce bus qui est parti cette fois-ci 20 min en avance. Ce n’est pas grave, il y en a un qui part à 9 h 30, je vais donc patienter sur la terrasse juste en face, avec encore une fois un thé à la menthe. C’est incroyable le nombre de thé que l’on peut boire ici, il est ancré dans ce pays, la manière la plus simple de créer un lien entre les personnes.Toute la journée, dans les moindres recoins de la médina, on voit passer les gens avec leur petit plateau de service à thé, pour assouvir ce besoin que les marocains ont de boire cette boisson aux herbes, plutôt bien ou trop sucrée. Mais il sert aussi de compagnon, dans les moments de solitude à contempler la vie autour de soit, la petite théière est là pour vous tenir compagnie et accompagner votre journée ponctuée de pauses.

Essaouira le matin

 

Je retourne voir si le bon bus n’est pas encore arrivé au cas où, et je croise à ce moment deux femmes, Noëlle et Nathalie, que j’avais déjà croisées au départ de France. Elles se renseignent également pour aller à Had Draa et nous décidons naturellement de nous tenir compagnie pour cette pseudo expédition. Enfin le bus arrive, et nous prenons place. Le trajet est d’environ 40 min en direction de l’est, pour 5 dh. Plus on avance et plus le temps semble reculer.

D’Essaouira à Had Draa

Nous arrivons à Had draa dans une ambiance toute autre, et nous nous posons à la terrasse vétuste pour y boire un thé. Les gens d’ici ne parlent pas français ou très peu. Je m’attelle à la commande et nous voilà avec du thé beaucoup plus fort que celui d’Essaouira.

Puis je me sépare de Noëlle et Nathalie et pars à la découverte de ce marché ancestral. Je commence doucement à arpenter ce couloir temporel en observant tout ce que je peux, avec cette impression étrange d’avoir remonté le temps de quelques siècles. Les gens grouillent autour des stands de fruits et légumes et pour quelques dirhams, repartent à pied ou en charrette tirée par un pauvre âne, avec leurs provisions.

vieux souk, Had Draa

Mais cette première entrée en matière cache la partie plus profonde de ce souk, et c’est en continuant à marcher que j’arrive sur ce terrain vague, qui n’est plus vague pour l’occasion. Ici les hommes et seulement les hommes s’entrelacent avec les bêtes. C’est dans cette véritable cacophonie que les choses sérieuses commencent. Vêtus de tenues traditionnelles, ils négocient leurs chameaux, chèvres, vaches et autres animaux en beuglant plus fort que ceux-ci. Je m’installe dans une vieille tente berbère ou peu de touristes osent s’aventurer, par peur de la saleté et la poussière soulevée par les ruminants. Je fais connaissance à nouveau avec une théière qui m’abreuvera le temps de contempler ce barguignage incessant.

Une ambiance glauque

Je continue ensuite mes déambulations dans le marché, pour tomber dans la partie «marketfood ». Les toiles en tissu ou en plastique envahissent le ciel et une fumée épaisse trouble la vue et la respiration. A chaque nuage qui se dissipe, on entrevoit un cuistot qui s’affaire sur des charbons incandescents, à faire griller des morceaux de la bête qui s’est fait dépecer à même le sol. Je sors de ce spectacle, un peu trop barbare à mon goût, pour me retrouver dans la partie bricolage, je dirais. Des portes et fenêtres faites maison sont exposées fièrement par leur propriétaire, pendant que sur le sol, un chaudronnier ventile la braise en même temps que son comparse frappe agilement sur un bout de métal, pour lui donner forme.

Marché aux bestiaux, Had DraaAprès avoir passé près de 2 h à visiter et observer cette vie animée et rustique, je trouve assez rapidement un bus confortable qui me dépose à Essaouira. Il est temps pour moi de trouver un nouveau logement pour la nuit. Après une recherche assez rapide, je pose mon sac à dos au riad Dar el Qdima, juste en face du café du Megaloft. Il ne leur reste plus qu’une chambre triple, qu’ils me font au tarif de la chambre simple, soit 150 dh. Ce qui est un très bon prix au vu du confort et de l’emplacement. Une fois installé, je pars aussitôt découvrir le rooftop, et je ne suis pas déçu, sans doute un des plus hauts de la cité.

Le temps ici est rallongé. Déjà au deuxième jour, j’avais cette impression étrange d’être là depuis plus longtemps et mon ami ressentait cela également. Je marche sans savoir ce que je cherche, juste me laisser porter par mon instinct, mes sensations. Parfois je m’arrête pour sentir des épices et parfois un petit lieu cosy me fait de l’œil. Alors je me pose et je bois un thé en observant encore et toujours la vie défiler devant moi. Rendu à la fin de la journée, j’atteins une bonne dizaine de kilomètres de marche et 1 ou 2 litres de thé. Je retourne au Megaloft goûter la fameuse soupe de lentilles, que j’avais déjà repérée sur plusieurs cartes. Accompagné, comme toujours, d’un petit pot d’olive, et cette fois-ci d’une tapenade et de bon pain. Je me délecte de cette soupe extrêmement savoureuse, une belle découverte pour 50 dh, que je recommande.

Ce soir, je ne traîne pas et après cet orgasme gustatif, je pars au riad, attrape mon livre, et m’endors tranquillement devant ma lecture. Mes « vacances » à l’étranger, sont souvent synonyme de fatigue, la marche, les soirées, les visites et les sens, toujours à l’affût, ont souvent raison de moi.

Ruelle, Essaouira

Au rythme d’Essaouira

Au matin je m’installe à ma petite table en plastique avec mon thé et ma galette, et pour 7 dh, je reste là à contempler les passants, cela assouvit ma curiosité. Les gens semblent avoir tous un objectif, à gauche, à droite, peu importe le sens, le pas est décidé et rapide pour les plus jeunes et ralenti pour les plus vieux, qui ont passé la main.

Je me balade à nouveau dans le dédale de la médina ; à chaque recoin, je découvre une nouvelle ruelle. Etriquées, larges, à ciel ouvert ou fermées et très basses, toutes aussi différentes les unes que les autres. Cela fait déjà 5 jours que j’arpente la médina d’Essaouira et j’en découvre encore. J’ai enfin quelques repères grâce à des points principaux, mais pas suffisamment pour retrouver ou indiquer un lieu un peu perdu. Après un délicieux falafel, je m’installe sur la place Moulay el Hassan, le temps de digérer et d’écouter les mélodies du chanteur présent.

Allez, j’arrête le farniente et je commence à marcher le long de l’océan, sur la plage Tagharte, en direction de l’estuaire. On y trouve notamment les balades à chameaux, quad et autres animations de ce genre. Je marche environ 4 km en direction de ce qui paraît être des rochers pour me rendre compte que ce sont seulement des branchages garnis de déchets. Bon, demi-tour, je rentre en marchant sur le trottoir cette fois-ci. En route, je m’arrête dans un surf shop pour me renseigner sur la location de planche de surf et les conditions pour demain.

Essaouira

Je réserve pour ma session de demain matin et repars à nouveau arpenter la médina, on ne sait jamais. Je découvre dans une enclave une partie réservée à la vente de volailles. Ça piaille, ça pue et c’est triste pour ces pauvres oiseaux voués à l’assiette. Alors je repars m’installer au restaurant « La Tolérance » où l’on mange un excellent couscous vegan.

Je me lève vers 6 h 30 pour aller voir le lever de soleil sur le rooftop, mais hélas trop de brouillard, alors je repars me doucher, prends mes affaires et quitte le riad. Je bois mon thé et mange mon msemen dans mon petit fief, puis pars récupérer ma planche de surf au « lovingsurf ».

Du surf à Essaouira

Les conditions ne sont pas vraiment ce qu’ils avaient annoncés dans la baie d’Essaouira mais bon, ça fait toujours du bien d’être dans l’océan. Il était prévu environ 1,20 m mais on est plus proche de 0,80 m. Ce qui est marrant dans cette baie, c’est que proche de la ville, les vagues sont toutes petites et plus on s’éloigne dans cette même baie, plus elles grossissent. Je me fais tout de même quelques bons bouts pendant près de 3 h.

Après avoir dîné, je m’installe sur la plage avec ma super serviette achetée au souk pour me détendre et lire un peu. Je suis seul, il y a juste quelques marocains ici et là, un peu plus éloignés. Ma présence a dû mettre en confiance les touristes car au bout de 30 min, me voilà entouré de plusieurs occidentaux alors qu’il y a énormément de place. C’est marrant à quel point les gens se sentent attirés et ressentent le besoin d’être en « communauté ».

Chaneaux, Essaouira

Une rencontre sympathique

Bref, s’ensuit une petite marche à la recherche d’un stand où on y mange d’excellentes galettes aux légumes. En chemin je rencontre Anas, qui me propose de me montrer. C’est avec appréhension que j’accepte, car hélas, ici les gens sont très gentils mais il y a souvent anguille sous roche. On peut facilement se retrouver dans une boutique, un resto ou encore un hôtel à devoir batailler car cela ne nous intéresse pas. Alors il faut parfois faire preuve de fermeté ou vous ressortirez avec un truc que vous n’aviez pas prévu. Mais là ce n’est pas le cas, Anas me montre l’endroit recherché et m’invite à boire le thé à mon petit lieu de prédilection. Nous discutons un moment sur nos vies, il m’explique qu’il est égyptien et me raconte son passage à tabac lors de la révolution égyptienne. Il est marié avec une française, chanteuse à Bordeaux, avec qui il va avoir un bébé. Nous échangeons nos numéro et nous nous retrouverons sans doute le temps d’un thé au moment de son passage à Bordeaux pour la naissance de son enfant.

Une rencontre, moins sympathique.

Ce soir je n’ai plus d’endroit où dormir, alors ce matin, j’avais fait une demande sur Couchsurfing pour trouver un hôte. Entre temps j’ai reçu une réponse favorable, alors je pars rejoindre le couchsurfer dans un bar assez éloigné du centre. En arrivant, je constate qu’il y a beaucoup de monde avec lui. Ils viennent pour la plupart de la Côte d’Azur et sont ici pour l’anniversaire d’un ami. J’ai du mal à communiquer avec eux, ils n’écoutent pas et coupent la parole sans cesse. Au bout de 10 min, nous partons au centre, de là d’où je viens (merci) car ils ont réservé un restaurant. Pendant le chemin, je me retrouve avec seulement deux personnes, j’en profite pour faire connaissance, mais encore une fois, ils semblent ne rien écouter et discutent entre eux. Je suis un peu troublé par leur comportement et une fois au resto, je constate que c’est très cher et surtout qu’il n’y a pas vraiment de place pour moi. Je n’ai vraiment pas envie de me retrouver avec ces gens à quémander une place, Alors je feins une envie de manger ailleurs et je propose à mon hôte de nous retrouver après pour boire un verre et aller à la villa. Bien sûr, je n’en ai pas l’intention et je file direct trouver un petit bouiboui pour la nuit.

Hotel, Essaouira

Une chambre salle de bain

Je dégotte une chambre à 90 dh au Majestic. Elle est minuscule, avec un lavabo en guise de douche et des toilettes communes sans papier. Tout les murs sont en carrelage, j’ai vraiment l’impression d’être dans une salle de bain réaménagée, ce qui est sans doute le cas. Mon lit ne tient pas vraiment mais est heureusement bloqué entre les deux murs, et il y a une toute petite fenêtre qui ne ferme pas et laisse entendre les bruits du quartier un peu glauque où je me trouve. La chambre doit faire dans les 4 m² mais au moins, je ne suis plus avec la bande de bourgeois étranges.

La nuit fut bruyante, entre les goélands qui doivent avoir des nids juste à côté, les gens qui s’embrouillaient dans la rue et les claquages de porte incessants, je n’ai pas beaucoup dormi dans ce quartier populaire. Heureusement, me voilà maintenant à manger mon dernier msemen et boire mon thé sur ma petite table en plastique. Un père et sa fille se joignent à moi, nous papotons et échangeons sur nos ressentis et nos découvertes de la ville. Ils finissent par repartir en m’offrant mon petit déjeuner.

Je dois rejoindre pour le dîner Noëlle et Nathalie qui prennent le même avion que moi, mais en attendant, je m’installe sur la plage pour écrire mes derniers carnets de route de ce voyage.

Nous dînons à « la Tolérance », un resto que j’apprécie et partageons le taxi qui nous mènera à l’aéroport pour clôturer ce petit trip en terre marocaine.

Si vous avez déjà été à Essaouira et que vous avez des recommandations, hésitez pas à m’en parler pour mon prochain séjour dans ce beau village et ces alentours. couché de soleil, Essaouira

 

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