Le Togo, un pied en terre d’Afrique.

C’était dans les années 80, je devais avoir sept ou huit ans, la première fois que j’ai réalisé ce qu’était l’Afrique. J’étais assis, là, dans la grande salle au foyer des jeunes du village où je vivais ; c’était le soir et il y avait une pièce de théâtre qui se jouait. J’avoue ne pas me souvenir réellement de quoi cela retournait, mais c’était sur le thème de l’Afrique, joué par des Africains, il y avait des objets traditionnels, de la musique traditionnelle et des tenues traditionnelles. Les couleurs, le son, les danses me faisaient déjà voyager, et c’est à ce moment-là que je me rappelle m’être fait la réflexion « J’irai découvrir un jour ce continent… ».


Le temps passe

Me voilà environ trente ans plus tard et quelques pays découverts, mais toujours pas l’Afrique noire, celle qui m’attirait tant quand j’étais petit. Une amnésie passagère dans ma vie qui m’a fait oublier ce rêve d’enfant. La frénésie des voyages du vingt et unième siècle, la mode des lieux populaires facilement accessibles en deux clics sur Internet. Les tour-du-mondistes qui relatent et partagent leurs découvertes sur les réseaux sociaux, tout comme moi d’ailleurs, mais qui semblent, pour la plupart, avoir oublié ce gros continent en plein milieu.
Alors, il est temps pour moi d’enfin retrouver ce jeune garçon qui n’a pas oublié, lui. Il est temps de retrouver cette alchimie passée qui s’est égarée le temps de trois décennies.

Changement de direction

Me voilà à préparer ce voyage, ou plutôt à chercher ma destination. L’Afrique est vaste et il faut bien choisir un pays. Je me renseigne un peu, sans non plus me perdre dans le flux d’informations que procurent de nombreux blogs et autres agences de voyage. Je regarde ma mappemonde éclairée, je tente la première approche, qui est de la tourner et de mettre le doigt dessus, mais j’ai tendance à me perdre dans les océans. Alors je commence par éliminer les pays qui sont en conflit, ensuite les pays les plus à la mode, les plus chers, puis compte tenu de la période où je voudrais partir, j’élimine ceux qui ont la météo la moins favorable. Et enfin pour finir, je me base simplement sur le nom du pays qui me fera vibrer.Voilà, j’ai trouvé, le Burkina Faso. Oh oui, ça sent l’Afrique, ça sent le jerrican d’eau sur la tête, la musique dans les villages et les girafes ; pourquoi les girafes, je sais pas.
 Bon bah voilà, c’est acté, il n’y a plus qu’à avoir les sous pour le billet et c’est parti.
Vers le mois d’avril, j’avais presque suffisamment d’argent pour acheter le billet, mais en attendant, je suis sur Internet un couple qui traverse l’Afrique en van. Ils arrivent tout près du Burkina Faso et sont contraints d’emprunter une autre route car il y a eu des conflits aux frontières, avec des terroristes. Cela dure visiblement depuis janvier mais n’ayant pas la télé, j’avais zappé cette info, et bien sûr les médias français ne vont pas non plus faire étalage sur ce qui se passe en Afrique. Donc je vais jeter un œil sur le site du gouvernement, qui a effectivement passé le pays de « vert » à « rouge ». Heureusement que je n’avais pas encore pris les billets.

Ce sera le Togo

Changement de destination. Pour le coup, je retrouve assez rapidement. Je regarde juste à côté et je vois le Bénin, le Togo et le Ghana. Je cherche les prix des billets et niveau de vie pour estimer mon budget. Et voilà, le tour et joué, je pars pour le Togo, ça sent l’Afrique, les jerricans d’eau… nonnn, je rigole. Mais ça me parle quand même, d’autant que je n’avais même pas fait attention à ce pays avant.
Me voilà trois mois plus tard, sur le tarmac de l’aéroport de Bruxelles. Il est onze heures et je m’envole pour le Togo. Six heures trente de vol et nous faisons une escale d’une heure au Ghana pour y déposer des passagers. Avec plusieurs personnes de différentes nationalités, nous restons à bord, le temps de la maintenance de l’appareil. Enfin, nous redécollons pour Lomé. À peine le temps que l’avion soit en l’air, qu’il ré-atterrit déjà, le vol le plus court que j’aie jamais fait, vingt cinq minutes.

Lomé Togo

Arrivée au Togo

Je pose mon premier pied en terre d’Afrique, tel un explorateur, je me sens conquérant, mais sans les complications. En premier lieu, je dois passer par la case administration. Rien de très compliqué, mais il y a toujours l’appréhension de se faire refouler aux portes d’un pays. J’obtiens mon sésame qui complète un peu plus mon passeport. Je file ensuite faire une carte sim, de façon à avoir le réseau local. Une fois obtenu, je peux enfin chercher un logement car il fait nuit et je ne sais toujours pas où je vais dormir. Je contacte Koffi, un Togolais qui m’avait proposé de m’héberger sur « couchsurfing ». Après quelques indications au chauffeur de taxi, je prends la route en direction d’Adidogomé, un quartier au nord-ouest de Lomé.
La route est très sombre, elle est éclairée essentiellement par les phares des voitures, dont les chauffeurs abusent volontiers avec leur klaxon, pour signaler leur présence. Ici, feux tricolores ou autres bandes blanches font surtout office de décor. Sur le trottoir, nombre de stands en bois et tôles animent les lieux. On y trouve de tout, c’est ainsi qu’entre le nommé « C’est Dieu qui donne », stand de nourriture, vous trouverez « La grâce de Dieu immobilier ».
Arrivés dans le quartier, nous empruntons une route terreuse rougeâtre, aux trous si profonds que cela semble impossible à passer mais c’est sans compter l’habileté du chauffeur. Le pare-chocs tape tellement de fois que le nom qu’il porte prend tout son sens à ce moment.
À peine arrivons-nous que Koffi arrive déjà au guidon de sa 125 cc asiatique, comme il y en a beaucoup ici. J’enfourche la bête et nous allons chez lui. Accueilli par sa femme Essé, je dépose mes affaires et nous repartons aussitôt manger un morceau dehors. Je jette mon dévolu sur une pizzeria. Enfin, quand je dis pizzeria, c’est un bien grand mot. En effet, ici la seule chose qui distingue un commerce d’un autre, c’est le nom sur le panneau. Après près de 10 h de voyage et une fois bien rassasié, je me couche dans la lourdeur de la nuit togolaise.

Enfant Togolais

Le quartier Togolais

Au petit matin, mon hôte dormant encore, je décide de prendre ma besace et mon appareil photo pour aller arpenter les ruelles d’Adidogomé Madiba. Me voilà sur les pistes terreuses du quartier sous la douceur matinale des premiers rayons de soleil. Hélas, les déchets sont omniprésents ici ; au détour d’une rue, je croise une femme vidant littéralement sa poubelle sur le bas-côté. Ils sont en partie mangés par les volailles et les chèvres, les lézards à tête bleue jouent eux aussi les éboueurs, mais il reste beaucoup à faire. Je sais que certaines actions sont en cours, mais le gouvernement s’en soucie peu.
Je m’installe dans une petite cahute sous l’étonnement des proprios pour y prendre un café. On me sert un café soluble pas très ragoutant mais ça fera l’affaire. Pendant ce temps, la tenancière installée au sol s’affaire à touiller la pâte de maïs, appelée « akumé éwokumé », pour les clients à venir.
Je continue mon chemin, croisant de nombreux stands faits maison, tous plus bricolés les uns que les autres ; j’observe, je m’imprègne de ce nouveau décor qui défile devant moi, de nombreux palmiers ombragent les rues, mais le plus surprenant pour moi reste le manguier et son fruit si juteux, que je ne peux encore manger, faute de maturité.

 

Une liturgie dominicale survoltée

De la musique attire mon attention – tiens, il y a un concert ! Je suis le son un moment pour enfin découvrir ce qu’il cachait. Eh oui, nous sommes dimanche et c’est le jour de la liturgie dominicale. Bien sûr, comparé à chez nous, l’ambiance est tout autre. J’observe timidement le prêtre sermonner avec énergie et détermination. L’office se déroule dans une sorte de cabane géante, réalisée avec des bois bruts et une toiture de tôle. Les Togolaises et Togolais sont tous apprêtés de leurs plus beaux pagnes pour l’occasion et la couleur est de rigueur. Le vicaire ou tout du moins ce que j’en déduis, me repère et m’invite à l’office. J’accepte et m’installe discrètement derrière les fidèles. La plupart des enfants ne s’intéressent plus au prêtre à présent, ils m’observent avec curiosité.
Il y a un système de karaoké raccordé aux micros et autres instruments pour amplifier le tout, le batteur accompagne le prêtre en intensifiant le rythme en fonction des paroles de celui-ci pour faire monter la tension dans la salle. Les femmes se lèvent compulsivement et là, le vrai show commence : accompagné de tous les musiciens et de trois jeunes choristes, le tout sur une saturation qui frise les tympans, les chants religieux sont portés avec beaucoup d’entrain et de dévotion. J’esquisse des petits mouvements de danse avant de partir et de laisser les enfants se reconcentrer sur la cérémonie.

église Lomé Togo

Une bonne coco

En route vers la maison, au détour d’une ruelle, je m’arrête près d’une vieille dame à la machette facile, qui prépare des cocos à même le sol. Je m’en paye une et me délecte de son jus avant de lui rendre la coco, qu’elle coupe en deux afin de décoller la délicieuse chair qui fera mon petit-déjeuner.
De retour chez Koffi, je prépare mes affaires, nous mangeons ensemble et je m’octroie une petite sieste sur le béton rafraîchissant de la terrasse avant de partir découvrir la capitale du Togo…

 

 

 

 

 

 

 

 

2 thoughts on “Le Togo, un pied en terre d’Afrique.

  1. Superbe article ! Tu m’a fais me replonger dans l’ambiance survoltée Togolaise de Lomé ! Merci pour ce voyage dans mes si précieux souvenirs ! Hâte de lire la suite !

    1. Merci Mélissa, j’espère pouvoir écrire le reste rapidement.
      T’es précieux souvenirs m’avait convaincu d’y aller, j’ai pas mal changé mon programme depuis mon message sur ton blog, mais je me suis tout de même bien fait plaisir 😉

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